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Sécurité / Défense
Europe
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France

L’OTAN à l’heure de la compétition stratégique : quelle voie pour la position française ?

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Luc Pagès

Conseiller du Centre des études de sécurité de l'Ifri

Membre fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), la France entretient depuis longtemps une relation complexe avec celle-ci. Alliée fidèle, elle a toujours joué un rôle à part au sein de l’Alliance atlantique, n’hésitant pas à en critiquer le fonctionnement, du retrait du commandement intégré par le général de Gaulle aux diverses sorties médiatiques d’Emmanuel Macron. À l’heure où l’OTAN prépare la rédaction d’un nouveau Concept stratégique et où les États-Unis confirment leur « pivot » vers l’Indo-Pacifique, la France doit rester en capacité d’influencer les évolutions d’une Alliance qui demeure la pierre angulaire de la défense et de la sécurité collective dans l’espace transatlantique, comme le rappelle dramatiquement l’agression de la Russie envers l’Ukraine.

La question du commandement intégré

La France est à ce jour le seul membre de l’OTAN à avoir quitté la structure militaire intégrée. Cette décision, survenue en 1966 sur décision du général de Gaulle, procédait aussi bien de la politique d’indépendance farouche du président de l’époque que des divergences de vues avec les Américains sur la direction de l’Alliance. La France est toutefois restée membre du Conseil de l’Atlantique nord, organe de décision politique de l’Alliance, en assumant sa place d’allié de premier rang prêt à s’engager militairement auprès de ses membres dans le cadre de la défense collective définie par l’article 5 du Traité. La fin de la guerre froide, l’intervention de l’OTAN dans les Balkans puis en Afghanistan et l’élargissement aux pays d’Europe de l’Est changent la perspective française sur l’Alliance. Après une tentative avortée de Jacques Chirac en 1995, Nicolas Sarkozy décide en 2007 le retour dans la structure militaire intégrée de l’OTAN, entériné en avril 2009 lors du Sommet marquant les 60 ans de l’Alliance.

Ce retour ne change en rien la capacité de la France à rester maître de sa décision de participation éventuelle à des opérations de l’OTAN et a fortiori à des coalitions ad hoc emmenées par les États-Unis. Il ne remet nullement en cause l’indépendance de la dissuasion française, reconnue comme telle dans les concepts stratégiques de l’Alliance, la France ne participant d’ailleurs pas au Nuclear Planning Group. En revanche, la pleine réintégration de la France à la structure otanienne s’est bien traduite par un gain d’influence, en particulier via l’attribution du poste de commandant suprême à la transformation en charge des réflexions sur l’adaptation de la structure militaire aux enjeux du futur, et par un renforcement de son interopérabilité opérationnelle avec les autres membres et partenaires de l’OTAN.

« Pivot » américain et irritant turc

Si Paris a réintégré la structure militaire intégrée, elle reste exigeante, et donc critique, envers l’Alliance. La France a ainsi su poser en 2019 la question de la cohésion de l’OTAN à l’aune d’une Amérique qui se tourne vers l'Indo-Pacifique et d’une Turquie dont la posture s’est heurtée frontalement à celle d’autres alliés otaniens.

Porteur assumé d’une vision négative d’une OTAN qu’il avait déclarée obsolète, Donald Trump n’a en réalité fait qu’accentuer une tendance lourde, déjà sensible sous Barack Obama et aujourd'hui poursuivie par Joe Biden, dans le sens d’une réduction de l’engagement stratégique américain en Europe et au Moyen-Orient (retraits – parfois sans consultation – d’Irak, de Syrie et d’Afghanistan). L’objectif des États-Unis est désormais de concentrer leurs efforts sur la Chine, désignée comme leur adversaire systémique. Si Joe Biden s’inscrit officiellement dans une logique d’un plus grand multilatéralisme, les épisodes du retrait d’Afghanistan et de l’alliance AUKUS (Australie, Royaume-Uni, États-Unis) ont montré que les États-Unis ne renonceraient jamais à agir de manière unilatérale dès lors que leurs intérêts sont en jeu. La question de la solidité du lien transatlantique reste ainsi posée.

Ces interrogations se conjuguent depuis quelques années avec un « irritant » turc sur divers dossiers : le théâtre syrien où Ankara a lutté contre les Kurdes, alliés de la coalition occidentale contre Daech ; l’achat de systèmes anti-aériens S-400 à la Russie, qui lui a valu l’expulsion du programme d’avion de combat américain F-35 ; ou encore la politique expansionniste en Méditerranée orientale suivant la doctrine de la « Patrie bleue » au détriment de la Grèce, également membre de l’OTAN, et de Chypre, membre de l’Union européenne (UE).

2022, une année charnière pour l’OTAN

La fin de l’engagement en Afghanistan, le « pivot » américain vers l’Indo-Pacifique, les tensions récurrentes entre alliés et l’agression russe contre l’Ukraine sont autant de raisons qui font de l’année 2022 un moment de vérité pour l’Alliance, ce que devraient illustrer les travaux sur le Concept stratégique. Document clé, il décrira l’environnement sécuritaire auquel doit faire face l’OTAN à court et moyen termes, et permettra d’orienter les adaptations de ses structures politiques et militaires pour y répondre. La menace avérée que fait peser Moscou aux frontières de l’Alliance, de l’Arctique à l’Ukraine en passant par les États baltes, sera un élément central de cette révision stratégique menée par une OTAN ayant subitement retrouvé sa « raison d’être » et sa cohésion. Un autre point clé sera la place donnée, dans ce document, à la Chine, dont « les ambitions déclarées et l’assertivité présentent des défis systémiques pour l’ordre international », selon le communiqué du sommet de Bruxelles (14 juin 2021). Mais depuis le début de la guerre en Ukraine, la rivalité avec Pékin apparaît sans doute moins prioritaire à certains membres de l’Alliance.

La concomitance de la présidence française du Conseil l’UE et de ces travaux offre à la France une position particulière pour assurer la cohérence toujours recherchée entre l’OTAN et l’UE, qui doit elle aussi produire un document cadre en matière de sécurité et de défense – la « Boussole stratégique ». Il s’agit d’une occasion unique pour Paris de porter au sein des deux organisations sa vision d’une autonomie stratégique européenne qui contribuerait à renforcer, et non pas à concurrencer, la solidarité transatlantique.