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Présidentielle 2022

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L’espace post-soviétique existe-t-il encore ?

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Les risques extérieurs pour la sécurité énergétique de la France

9 mars 2022 • Marc-Antoine Eyl-Mazzega

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La fin de l’opération Barkhane et l’avenir de la présence française au Sahel

9 mars 2022 • Elie Tenenbaum

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9 mars 2022 • Matthieu Tardis

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7 mars 2022 • Carole Mathieu

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6 mars 2022 • Luc Pagès

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Technologies numériques : l’agenda européen

14 févr. 2022 • Alice Pannier

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Pour un dialogue exigeant : réexaminer la relation bilatérale avec la Chine

6 mars 2022 • Marc Julienne

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Indo-Pacifique : refonder l’engagement français après AUKUS

14 févr. 2022 • Céline Pajon

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Les enjeux de la relation franco-américaine en 2022

14 févr. 2022 • Laurence Nardon

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L’agenda technologique américain : entre impératifs de régulation et compétition avec la Chine

14 févr. 2022 • Mathilde Velliet

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L'état de la menace terroriste

14 févr. 2022 • Marc Hecker

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Le Covid-19 et la gouvernance mondiale de la santé

14 févr. 2022 • Michel Kazatchkine

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Les relations France-Maghreb : des difficultés nouvelles

14 févr. 2022 • Dorothée Schmid • Amr Abdelrahim

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France-Turquie : une amitié secouée

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9 mars 2022

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Énergie / Climat
Europe
France

Les risques extérieurs pour la sécurité énergétique de la France

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Marc-Antoine Eyl-Mazzega

Directeur du Centre Énergie & Climat de l'Ifri

Plusieurs risques et vulnérabilités doivent être pris en compte au sujet de notre capacité à décarboner les économies française et européenne, tout en garantissant le soutien démocratique à la transition, la sécurité des approvisionnements et la compétitivité industrielle. L’invasion par la Russie de l’Ukraine et les crises de l’énergie exacerbées par les sanctions, les réactions de la Russie et celles des acteurs des marchés propulsent l’Europe dans une nouvelle ère de bouleversements cardinaux et de risques exacerbés. La priorité est désormais de garantir la résilience des systèmes énergétiques, la sécurité des approvisionnements dans des conditions très dégradées, tout en accélérant les transformations vers un système bas-carbone.

Les impacts de l’invasion de l’Ukraine par la Russie

Si, dans l’ensemble, les approvisionnements russes en hydrocarbures (gaz, charbon et pétrole) ne sont pas encore directement affectés par des sanctions ou réactions de la Russie, il faut se préparer à toutes les éventualités d’interruptions physiques des flux, partielles ou complètes, et d’attaques cyber. Les prix pourraient encore augmenter fortement et la disponibilité physique être entravée. Une essence à 3 euros le litre est probable, tout comme un prix du gaz exceptionnellement élevé. La priorité est d’agir sur la demande, en préparant des campagnes d’information sur les économies d’énergie et la limitation de la vitesse sur les routes en Europe. Il convient également d’agir sur l’offre, en mobilisant toutes les sources de production possibles, y compris les centrales à charbon et les centrales nucléaires vouées à être fermées, voire déjà fermées en Allemagne. En ce qui concerne le gaz, la priorité est de s’assurer que les stockages puissent être remplis coûte que coûte pour l’hiver prochain, et que du gaz naturel liquéfié (GNL) soit disponible toute l’année pour l’Europe.

La sécurité des approvisionnements électriques requiert un big bang des investissements

Alors que les pays européens accélèrent leur sortie du charbon (l’Allemagne en 2030) et pour certains du nucléaire, les capacités de production pilotables diminuent et la situation de surcapacité dont les Européens ont bénéficié va rapidement disparaître. Or, les énergies renouvelables sont intermittentes et plus elles sont déployées, plus cette intermittence s’accroît. À terme, des technologies de flexibilité du côté de l’offre et de la demande pourront être déployées à grande échelle. Mais un premier défi sera d’engager rapidement un dialogue, assorti de mesures concrètes, pour se prémunir des risques de blackout en Europe dès l’hiver 2022, si l’Allemagne ferme ses dernières tranches nucléaires. Il faut aussi massifier et accélérer le déploiement des énergies renouvelables et permettre aux acteurs privés d’investir dans des projets à grande échelle, ce qui suppose de lever tous les obstacles existants.

L’opposition au nucléaire doit céder la place à la conquête de nouveaux marchés

Alors que l’Europe doit impérativement éviter l’érosion de son socle de production d’électricité nucléaire pour parvenir à décarboner son secteur électrique, l’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg s’opposent frontalement au nucléaire pour des questions de culture politique, d’intérêts industriels et d’oppositions sociétales. Les pays baltes et d’Europe centrale, ainsi que les Pays-Bas ou la Suède, entendent cependant développer le nucléaire civil pour compenser la fermeture de leurs centrales à charbon. Sur ces marchés, la concurrence avec les États-Unis et la Corée du Sud est et sera rude. Il est dans l’intérêt de la France de continuer à œuvrer pour obtenir une taxonomie qui sanctuarise le nucléaire au long du XXIe siècle, une régulation favorable sur les aides d’État et la mise en exergue du traité Euratom. Enfin, il s’agira de se positionner sur ces marchés, de développer un partenariat gagnant-gagnant avec ces pays et, surtout, de développer une coopération viable avec les industries et régulateurs nord-américains et britanniques pour permettre l’essor des petits réacteurs modulaires (small modular reactors, SMR). Cet enjeu doit être abordé de manière complémentaire des autres stratégies industrielles liées aux technologies bas-carbone : batteries, éolien en mer, solaire, stockage et séquestration de dioxyde de carbone (CO2), solutions numériques, électrolyseurs, transport aérien décarboné notamment.

La cybersécurité des systèmes énergétiques

Les attaques cyber contre les infrastructures énergétiques représentent désormais une menace extrêmement élevée. Les attaques dont ont été victimes l’Ukraine ou certains systèmes énergétiques aux États-Unis ces dernières années l’attestent. Le défi est d’assurer un nivellement par le haut des normes et standards en vigueur, de renforcer la coopération européenne et transatlantique ainsi que les mesures de dissuasion.

Les fuites de carbone et la protection de nos industries face aux États sans fiscalité carbone et bénéficiant de subventions

L’Union européenne s’apprête à réduire les allocations gratuites de quotas d’émissions dans son marché du carbone (Emission Trading Scheme, ETS) et le prix de la tonne de CO2 dans l’ETS a avoisiné les 100 euros avant de retomber du fait de la guerre en Ukraine. Le risque est que nos entreprises paient sans cesse plus pour la pollution, sans avoir le temps ni les ressources d’investir dans la modernisation et la décarbonation de leurs outils, alors que d’autres acteurs, à l’étranger, en profiteront pour exporter en Europe à meilleur prix, sans être exposés à ces contraintes. Certaines de nos industries, qui ne peuvent compenser par des gains de productivité, pourraient fermer ou s’exiler. Plusieurs outils peuvent être mobilisés : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, mais qui est incomplet et dans le meilleur des cas, interviendra trop tard ; les accords commerciaux, qui mériteraient de voir leur composante « environnement et climat » renforcée (ce qui implique de ne pas avancer avec le MERCOSUR ou l’Australie) ; des subventions ou aides aux entreprises pour réaliser les investissements de décarbonation ; une vraie visibilité sur les trajectoires de prix du carbone grâce aux prix planchers et plafonds ; enfin, des normes sur l’empreinte carbone et environnementale des produits, comme le ciment et l’acier, qui favorisent les industries européennes en transformation. Cette approche doit aller de pair avec une stratégie industrielle plus large de soutien et protection des industries européennes des technologies bas-carbone, en promouvant le Made in France et Made in Europe, par le biais notamment des critères d’empreinte carbone.

La sécurité des approvisionnements en métaux critiques et terres rares est encore négligée

La demande mondiale pour la plupart des métaux et minerais utilisés dans les technologies bas-carbone et numériques est croissante, au point que l’enclenchement d’un super cycle avec une offre très inférieure à la demande et d’importantes tensions sur les prix est très probable. Cela viendrait renchérir le coût de ces technologies et nourrirait les risques de dépendance à des pays ou entreprises qui ne sont pas régis par les normes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En particulier, la dépendance à la Chine pour l’extraction, le raffinage ou la commercialisation est généralement élevée, voire totale, et celle de la Russie va poser problème également. Enfin, ces chaînes de valeur doivent impérativement être durables et responsables. Face à ces défis, il s’agit de répondre à tous les niveaux : national, avec des réserves stratégiques et des efforts d’innovation ; européen, avec des partenariats miniers appuyés par des financements importants, une diplomatie minière et une stratégie de recyclage dans la durée ; et globale, avec la mise en place d’une Agence internationale des métaux, qui pourrait être liée à l’OCDE. Elle aurait vocation à renforcer l’expertise et la transparence sur les marchés, définir des bonnes pratiques et standards communs, et entretenir un dialogue avec tous les acteurs de ces chaînes de valeur.