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Présidentielle 2022

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9 mars 2022 • Elie Tenenbaum

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9 mars 2022 • Matthieu Tardis

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6 mars 2022 • Marc Julienne

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Indo-Pacifique : refonder l’engagement français après AUKUS

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Les enjeux de la relation franco-américaine en 2022

14 févr. 2022 • Laurence Nardon

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L’agenda technologique américain : entre impératifs de régulation et compétition avec la Chine

14 févr. 2022 • Mathilde Velliet

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L'état de la menace terroriste

14 févr. 2022 • Marc Hecker

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Le Covid-19 et la gouvernance mondiale de la santé

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Diplomatie
Sécurité / Défense
Asie et Indo-Pacifique
Inde

France - Inde : approfondir le partenariat stratégique dans le cadre de l’Indo-Pacifique

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Isabelle Saint-Mézard

Chercheuse associée au Centre Asie de l'Ifri

L’Inde est l’un des plus anciens partenaires stratégiques de la France en Asie. Depuis plus de vingt ans, la France construit avec cet État une relation privilégiée, ciblant des secteurs stratégiques – notamment ceux de la défense et de la sécurité, de l’espace et du nucléaire civil, et plus récemment de la lutte contre le changement climatique et de la protection de l’environnement. La relation franco-indienne est marquée par la confiance et comporte relativement peu de dossiers de frictions. L’autonomie stratégique promue par la France constitue, de surcroît, un atout auprès de cet État, lui-même jaloux de son indépendance d’action sur la scène internationale.

La relation franco-indienne a bénéficié de son caractère plutôt « discret », loin des projecteurs médiatiques. L’Inde est néanmoins une puissance très courtisée aujourd’hui, notamment à l’heure où la Chine inquiète tant. Le premier enjeu pour la France consiste donc à préserver et approfondir sa relation privilégiée avec ce pays, ce qui implique de déployer une capacité d’offre originale, d’excellence, et dans des conditions avantageuses pour les Indiens.

Conserver et accroître le caractère privilégié du partenariat stratégique franco-indien

L’armature institutionnelle soutenant le dialogue franco-indien est dense. La France, que les autorités indiennes décrivent comme l’un de leurs plus proches partenaires, n’a pourtant pas pu créer un mécanisme 2+2 avec New Delhi, là où le Japon, les États-Unis, l’Australie et la Russie ont réussi. Obtenir le lancement d’un tel mécanisme devrait donc rester un objectif pour les mois à venir.

Paris s’est engagé à soutenir l’autonomie stratégique de l’Inde dans les domaines industriel et technologique, et a promis, pour ce faire, de contribuer au « Make in India », le grand objectif fixé par le Premier ministre Modi. Cet engagement sera au cœur des prochaines offres françaises dans le secteur de l’industrie de défense qui constitue un pilier de la relation bilatérale. En l’espèce, les deux contrats majeurs conclus par la France – pour la fabrication, avec transfert de technologie, de six Scorpene (2005) et pour la vente « sur étagère » de 36 Rafale (2016) – arriveront prochainement à leur terme. Il serait préférable pour la dynamique générale de la relation bilatérale que la France parvienne à conclure un nouvel accord emblématique (par exemple pour l’achat de nouveaux Rafale), même si la coopération dans l’industrie de défense ne doit pas constituer le seul déterminant des échanges franco-indiens.

La France et l’Inde ont construit au fil des ans une approche commune de la sécurité de l’océan Indien, laquelle a été formalisée, en 2018, dans la déclaration Vision stratégique conjointe pour la coopération franco-indienne dans la région de l’océan Indien. Cette convergence de vues a d’ores et déjà motivé de multiples coopérations, navales bien sûr, mais aussi en matière de soutien logistique, d’échanges d’informations maritimes, de surveillance satellitaire, d’économie bleue et d’appui diplomatique pour intégrer divers forums régionaux. De plus, grâce à sa présence militaire à Abou Dhabi et Djibouti, ainsi que dans les départements de La Réunion et Mayotte, la France offre à l’Inde une « niche » de coopération dans toute la partie ouest de l’océan Indien. Cette offre de coopération dans l’ouest de l’océan Indien intéresse les Indiens et constitue un atout qu’il convient de cultiver. Mais, tout en encourageant nos partenaires indiens à contribuer plus encore aux initiatives de sécurité dans cette zone, la France devra garder à l’esprit que ceux-ci sont très sollicités. Une évolution vers des formats d’exercices de type minilatéral pourrait être une solution à considérer.

Paris s’est engagé à soutenir New Delhi dans ses efforts de lutte contre le changement climatique et la transition énergétique. De multiples projets ont été lancés dans les transports urbains, la protection de la biodiversité et l’énergie propre. L’énergie solaire constitue d’ores et déjà un important secteur de coopération, avec le lancement des programmes de l’Alliance solaire internationale et des partenariats dans le secteur privé. Dans le domaine du nucléaire civil en revanche, l’offre d’EDF pour la construction de six EPR à Jaitapur ne s’est pas concrétisée à ce jour. La mise en œuvre de ce projet majeur restera, néanmoins, un objectif de premier ordre pour Paris.

Promouvoir le partenariat avec l’Union européenne et dans le cadre de l’Indo-Pacifique

La France a, dès le départ, insisté sur l’importance de l’Inde dans sa stratégie pour l’Indo-Pacifique. Cette importance s’est encore accrue dans la phase post-AUKUS. Tout en cultivant sa quête pour une troisième voie dans l’Indo-Pacifique, Paris devra éviter de mettre son partenaire indien dans une situation où il aurait à choisir entre la France et l’Australie ou pire, entre la France et les États-Unis. De façon pragmatique, la France devra surtout garder à l’esprit que, vu de New Delhi, AUKUS ouvre une brèche pour obtenir un transfert de technologies dans le domaine des sous-marins à propulsion nucléaire.

De façon générale, la France et l’Inde convergent dans leur vision de l’Indo-Pacifique en ce qu’elles accordent la priorité au multilatéralisme et une approche inclusive, tout en militant contre la logique de blocs et en faveur d’un ordre international basé sur des règles. À cet égard, Paris a tout intérêt à encourager New Delhi dans ses initiatives pour l’Indo-Pacifique, notamment lorsqu’elles visent les dossiers de sécurité non traditionnelle. La France, qui a d’ores et déjà rejoint l’Initiative pour les océans Indien et Pacifique, et la Coalition pour des infrastructures résilientes aux désastres, toutes deux proposées par le Premier ministre Modi en 2019, devra veiller à rester active au sein de ces projets.

Pour la France, il s’agit aussi de faire en sorte que l’Inde devienne un partenaire majeur de la stratégie indopacifique de l’Union européenne (UE). La conjoncture est favorable car, après des décennies d’incompréhension, l’Inde a manifesté au cours des dernières années un réel intérêt pour l’UE. Lors de sa présidence de l’UE en 2022, la France poussera les dossiers majeurs de coopération Inde-UE, parmi lesquels ceux de la sécurité maritime dans l’océan Indien, du commerce numérique, de la connectivité, des technologies émergentes et de la 5G. Un objectif important sera d’encourager les Indiens à adopter des normes proches de celles de l’Europe en matière de commerce numérique et de technologies émergentes.

Rester attentif à la situation intérieure indienne

L’importance et la densité des relations avec l’Inde ne doivent pas faire oublier que ce partenaire connaît un véritable recul démocratique sous l’effet de l’autoritarisme du Premier ministre Modi et de la xénophobie du mouvement idéologique auquel il appartient. Une évocation discrète (hors micro), mais systématique, des préoccupations de la France concernant la situation intérieure indienne sera, à cet égard, indispensable. De même, l’intérêt que la France affichera à entendre et soutenir des voix indiennes alternatives et dissidentes, qu’elles émanent d’organisations non gouvernementales ou de milieux intellectuels, sera un signal crucial envoyé au pouvoir indien.